Si l'audit apparaît aujourd'hui comme un outil essentiel de résistance et de réappropriation démocratique, d'autres chemins sont également possibles. Ce qui est certain, c'est qu'il faut s'attaquer à la question de la dette et à la dictature des créanciers. En fonction de l'histoire et du contexte de chaque pays ou du rapport de force existant, différentes luttes peuvent être menées.

Voici quelques-unes des initiatives qui ont été mises en place pour faire front à la dette et à l'austérité ainsi que celles qui sont en cours. Toutes les expériences comptent.

Ils l’ont fait

Argentine, 2001. Après trois années de récession économique, les dirigeants décident de bloquer l’accès des épargnants à leurs comptes bancaires. Une révolte de grande ampleur ne tarde pas à éclater, poussant le président de l’époque, Fernando de la Rua, à fuir. Face à la pression populaire, son successeur annonce la suspension de paiement d’une grande partie de la dette publique argentine (près de 100 milliards de dollars !). En imposant cette décision, les dirigeants se mettent en position de force pour négocier avec leurs créanciers dont les trois-quarts d’entre eux finiront par abandonner 60% de la valeur de leurs créances. Cela permettra au pays de se redresser et au peuple de retrouver sa dignité.

Équateur, 2007. Même continent, autre alternative. En 2007, Rafael Correa accède au poste de Président poussé par des mouvements sociaux réclamant plus de justice sociale. Dès le début de son mandat, il met en place une commission d’audit (composée d'experts, de fonctionnaires mais aussi de représentants du mouvement social national et international) chargée de mener l’enquête sur la dette publique de son pays et de répondre à cette question : l’argent des prêts contractés a-t-il été placé au service du peuple équatorien ? Après plus de 18 mois de travail, la commission d’audit affirme que la plus grande part de la dette publique repose sur des bases illégitimes. En conséquence, cette partie ne doit pas être payée. Après une première initiative de suspension du paiement de la dette, le gouvernement a pu économiser près de 7 milliards de dollars, économies qui seront aussitôt réinvesties dans des secteurs sociaux dont le budget passera de 12 à 25% des dépenses totales de l’État.

Islande, 2011. Suite à la crise des subprimes, trois banques islandaises se trouvent en grandes difficultés. La banque Landbski, notamment, avait offert à ses clients la possibilité d’ouvrir des comptes à des taux de rémunérations très alléchants en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Au moment de la faillite, l’Islande accepte de nationaliser cette banque mais refuse de prendre en charge les comptes ouverts à l’étranger. Les deux pays concernés se retournent alors contre l’Islande et lui demandent quelque 3,9 milliards €, une somme colossale pour ce pays de 320 000 habitants. Face à ce chantage, la population ne cesse de se mobiliser. Après deux référendums appelant très largement au non paiement de cette dette privée, les Islandais semblent avoir obtenu gain de cause. Grâce à la mobilisation, la banque Landbski est contrainte de commencer à rembourser ses dettes sans utiliser l’argent public. L’austérité à la sauce Islandaise n’a donc pas été servie.

Ils y travaillent !

De nombreux collectifs d'audits citoyens de la dette voient le jour en Europe et en Méditerranée, ils sont membres du réseau international des collectifs pour l’audit citoyen (ICAN-International Citizen debt Audit Network). Avec, entre autres :

Le mouvement Occupy aux Etats-Unis a appelé à une « grève de la dette » pour son premier anniversaire (voir l'article de David Graeber « Grève de la dette : après le jubilé » http://www.mouvements.info/Greve-de-la-dette-apres-le-jubile.html) et a produit un « manuel de résistance à la dette » (disponible ici en anglais : http://fr.scribd.com/doc/105887484/Occupy-Wall-Street-Strike-Debt-The-Debt-Resistors-Operations-Manual)

Le gouvernement  tunisien envisage d'auditer sa dette pour en identifier les parties illégitimes (entre autres, la dette odieuse contractée par la dictature).
Article « Les dettes odieuses de Ben Ali seront-elles suspendues ?
Projet de loi sur l'audit de la dette publique extérieure » de Presse Tunise : http://www.lapresse.tn/?option=com_sport&task=article&id=55491

Nous aussi, on veut savoir !

Pour s'opposer radicalement à l'austérité, auditons la dette publique belge ! Ouvrons les livres de compte et découvrons au fil de nos recherches d'où vient la facture qu'on nous demande de rembourser au prix de nos pensions, de nos droits à la santé, à l'éducation, à la culture, au chômage, etc. Rejoignez-nous et soutenez la campagne !