Il faut se serrer la ceinture ! C’est le leitmotiv des dirigeants européens depuis 2008. Mais les mesures d'austérité fonctionnent-elles?  

Les pays du Sud connaissent déjà !

Pour les subir au quotidien depuis 30 ans, les peuples du Sud connaissent très bien les dégâts engendrés par l’austérité. A partir de 1982, des dizaines de pays vont se déclarer incapables de rembourser leur dette. La Communauté internationale décide alors de confier la gestion de crise au Fonds Monétaire International (FMI).
La réponse du FMI à la crise sera très simple : prêter de l'argent au pays du Sud sous deux conditions :

  • qu'ils remboursent en priorité leurs créanciers privés
  • qu'ils acceptent de mettre en place des Plans d'Ajustement Structurel (PAS) ou plans d’austérité : licenciements dans la fonction publique, gel des salaires, réductions de dépenses sociales, privatisations. Ces recettes étaient censées réduire la dette, relancer l’économie et le développement.

Les résultats sont sans appel : augmentation de la pauvreté et de l'exclusion sociale, explosion des inégalités, déstructuration du tissu économique et social. Le triptyque austérité / libéralisation / privatisation a produit exactement les effets inverses de ceux « officiellement » promis et a imposé le néolibéralisme dans le monde entier.

La Troïka applique les mêmes recettes en Europe 

Alors que la méthode FMI a aggravé la situation des pays du Sud avec les plans d’ajustement structurel, la Troïka applique les mêmes recettes aux États européens en difficulté : aide financière en échange de baisses des salaires, d’augmentation de la TVA, d’augmentation de l'âge de la pension, de réduction du montant des pensions, de coupes dans les budgets de l’éducation et de la santé, privatisations, etc. Sans surprise, le bilan est négatif, comme en témoignent les exemples qui suivent :

  • Le Portugal a réduit les pensions, diminué les salaires de ses fonctionnaires et augmenté les impôts dès 2010. Cela n’a pas empêché sa dette de passer de 91% du PIB à 110% de 2010 à 2011.
  • En Irlande, le salaire des classes moyennes a été réduit de 15% et la taxe sur les ventes augmentée à 23%. La dette irlandaise est quand même passée de 88% du PIB en 2010 à 105% du PIB en 2011.
  • En Grèce, alors que les plans d'austérité successifs  asphyxient  la population, la dette ne fait qu'augmenter, confirmant une fois de plus que l'austérité ne provoque pas le désendettement d'un pays, mais l’enfonce dans un cercle vicieux sans fin.

L'austérité à perpétuité

L'Union européenne veut ancrer les règles de l'austérité au cœur de son fonctionnement et l’imposer aux États membres. Depuis 2010, elle est passée à la vitesse supérieure en adoptant une série de textes visant à renforcer un pouvoir supra-national et néolibéral. Deux de ses principaux instruments pour orchestrer cette austérité sont le Mécanisme européen de stabilité (MES) et le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Deux créatures au nom compliqué, élaborées dans l’opacité, mais qui auront des conséquences très concrètes sur chaque citoyen.