Il est faux de dire que, depuis des décennies, les Belges vivent « au-dessus de leurs moyens » et que la dette provient d’un excès de dépenses publiques. Pour prouver le contraire, il suffit de montrer la façon dont les dépenses publiques belges ont évolué par rapport au PIB (ensemble des richesses produites par le pays). Il apparaît qu’elles sont restées stables, en moyenne à 43% du PIB, sur la période 1980-2010.

Le graphique ci-dessous montre l’absence de lien entre l’évolution des dépenses publiques et celle de la dette publique. Les périodes de hausse importante de la dette ne correspondent pas à des périodes dites de « largesses » des pouvoirs publics.

Evolution des dépenses publiques

Si cette dette ne vient pas de ces prétendues largesses, alors d'où vient-elle ?

1. Les sauvetages des banques de 2008 et de 2011

Aujourd'hui, on ne parle quasiment que du problème du déficit et des dettes publiques. Pourtant, si la dette publique a augmenté, c’est surtout à cause du sauvetage des banques privées. On a donc socialisé massivement des dettes privées.

Ce sauvetage a provoqué une augmentation de la dette publique de 32,5 milliards €. Il ne faut cependant pas oublier les possibles nouvelles recapitalisations et les garanties publiques octroyées aux banques belges qui constituent une menace très grave pour les finances publiques.

2. L'explosion des taux d'intérêts fin des années 70

En 1979,  pour lutter contre l'inflation, attirer les capitaux et relancer la machine économique américaine (notamment par un grand programme militaro-industriel), le gouvernement des États-Unis a décidé unilatéralement de relever fortement les taux d'intérêts. Cette hausse s’est répercutée rapidement au niveau mondial et la Belgique n'a pas échappé  à la contagion. A cette époque, l'État belge a emprunté à des taux allant jusqu'à 14% ! Les charges d'intérêts ont alors explosé : au cours des années 80, la Belgique payait annuellement près de 20 milliards €… uniquement en intérêts de la dette (on est à environ 13 milliards € aujourd'hui).

3. Une politique fiscale socialement injuste

L'accroissement de la dette de l'État ces 30 dernières années est également dû à un choix politique qui a mis en place une fiscalité favorisant les grosses fortunes et les grandes entreprises privées : intérêts notionnels, réduction de la progressivité de l'impôt, précompte mobilier libératoire, amnisties fiscales… Ces mesures ont provoqué une diminution importante des recettes publiques. Contrairement à ce que beaucoup affirment, la crise de la dette belge est donc une crise des recettes et non une crise des dépenses.

4. Une politique monétaire socialement injuste

Depuis 1992 et le Traité de Maastricht, les pays de l'Union européenne ont renoncé à la possibilité d'emprunter à un taux de 0% auprès de leur banque centrale nationale. Ils sont désormais  obligés de s'adresser aux banques privées qui prêtent à des taux fixés par les marchés internationaux de capitaux. Ce choix a coûté très cher à la Belgique :
Sur la période 1992-2011, l'État belge a remboursé, en intérêts de la dette, un montant équivalent à 313 milliards €. S’il avait pu emprunter les mêmes montants auprès de sa banque centrale,  à un taux de 1%, il aurait alors économisé 250 milliards €…